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Martin Ziegler

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Ebauche sur le cinéma

Le film, ou le cinéma, un de ses modes de présentation, ne sont qu'à leurs débuts. L'image, avec son mouvement et son temps, doit encore tendre – c'est ce à quoi je m'attèle – à une simplicité plus grande que ce qui a été fait chez Dreyer, Bergman, Bresson. Car cette simplicité seule pourrait permettre de montrer la profonde complexité de notre existence dans ce monde - une existence qui est, plus ou moins, l'objet de tous les films – la tragédie de l'homme, celle que nous appelons destin parfois, terme qui suggère bien qu'il existe une dimension chez l'homme qui touche à ce qui le dépasse, un dépassement montré d'abord par les auteurs grecs, puis par Shakespeare, et naguère par un Pasolini et un Bresson.

Pour atteindre par l'image le tragique, il faut réduire encore beaucoup les artefacts, les artifices, les machineries en tout genre, les dialogues trompeurs qui font des films un "théâtre filmé" et un simple produit commercial. Il faut en écarter ce qui n'advient pas réellement, car personne n'aime dans un film, personne n'y souffre, personne n'y tue ou n'y est tué : il n'advient dans un film que les images. Ce sont elles qui possèdent la seule violence acceptable. Toute autre violence, propre seulement à asservir encore un peu plus les asservis pour tenter d'augmenter les recettes, n'est rien.

La violence de l'image met ainsi fin à la fausse violence factice des films dont le spectateur en a assez. Et la force qui passe par cette image, cette chose qui proprement 'arrive', qui se produit, qui a lieu, résulte de la simplicité de tous les registres d'un film, du scénario ouvert à une interprétation par le réalisateur, le tournage, toujours riche de mille choses imprévisibles qui ne peuvent être définies à l'avance, en particulier ce que 'donnent' les comédiens (il n'y a pas à les 'diriger', mais à être totalement réceptif à leur interprétation), le montage l'écriture même du film.

Le film devrait pouvoir frapper le spectateur par cette force et cette simplicité comme l'ont fait jadis ces images peintes dans les églises, ladite Bible des pauvres, qui étaient à même de donner l'idée, nullement réduite, du texte le plus complexe qui fût jamais écrit. Le film pourrait ainsi devenir une nouvelle Bible des pauvres.

Faire des films en noir et blanc est ainsi un véritable choix, non une stratégie commerciale, celui d'aller à l'essentiel. Réduire la bande son à la stricte parole et aux bruits, utiliser la musique comme une chose indispensable qui arrive au même titre qu'une image et non pour soutenir un plan ou un faux événement, fait partie du même choix. Tout comme la réduction du mouvement de caméra pour une fluidité quasi invisible, l'approche du visage et du corps par l'objectif non par voyeurisme mais pour révéler que ce visage et ce corps expriment ce qui les dépasse, tout comme le contraste, ou le cadre qui ne se laisse pas enfermer par le format, la lumière qui est loin d'être une question d'éclairage seulement, la voix qui est matière sonore.... il faut poursuivre ce qui a été initié par quelques-uns, le film non plus mode d'expression mais art.